Venez et voyez
Le bouddhisme ne repose pas sur une parole révélée, un texte sacré mais sur une expérience, celle que fit Siddharta Gautama au VIème siècle avant notre ère. Le terme Bouddha, forme francisée du pali buddha est un titre formé sur la racine budh (s’éveiller). Le Bouddha ou appelé parfois Bhagava (Bienheureux) à réalisé la véritable nature des phénomènes et s’est libéré de l’ignorance: il a réalisé la bodhi (Eveil) et mis ainsi fin à sa propre souffrance.
Ni Dieu ni maître, il ne prétendit jamais l’être.
Ehi passika: venez et voyez. Telle est l’expression en langue pali qui sert à qualifier l’enseignement du Bouddha Sakyamuni. « Voyez » appelle à un effort personnel, rien ne devrait être accepté sous le couvert d’une foi naïve et aveugle, l’intelligence critique et le libre examen empêchent de développer des attitudes rigides.
Ce dont vous savez par vous-mêmes être des choses désavantageuses, des choses répréhensibles, des choses condamnées par les sages, des choses qui, lorsqu’elles sont adoptées et mises en œuvre, portent préjudice et mènent au mal-être, vous devriez l’abandonner. […] ce dont vous savez par vous-mêmes être des choses avantageuses, des choses irréprochable, des choses recommandées par les sages, des choses qui, lorsqu’elles sont adoptées et mises en œuvre, sont à votre avantage et mènent au bien-être, vous devriez les entreprendre et vivre en accord avec elles.
AN 3.65 Kalama Sutta
On cherche souvent à mettre une « étiquette » sur l’enseignement du Bouddha : on se demande si le Dhamma est une religion, une philosophie, une morale ou une science de l’esprit mais ces étiquettes dépendent de définitions qui ont été établies au fil des siècles, en fonction de l’histoire de l’Occident. Aucune ne lui correspond vraiment exactement. L’essor récent du Dhamma en occident est la suite logique d’une perméabilité naturelle. Elle s’inscrit dans la continuité des recherches que nous menons depuis le 18ème siècle pour trouer un salut à l’extérieur de l’Europe.
Avec le recul, on sait qu’introduire le bouddhisme tel quel en Occident débouche sur des caricatures.
Le Dhamma
Le Dharma ou dhamma est un terme central du bouddhisme, riche de sens, qui désigne à la fois l’enseignement du Bouddha et la réalité profonde de l’existence.
Sens étymologique et général
En sanskrit, « Dharma » (dhamma en pali) signifie originellement « ce qui soutient », « loi », « ordre naturel » ou « devoir ». Dans l’Inde ancienne, il évoque les normes cosmiques, sociales et morales qui maintiennent l’harmonie du monde.
Dans le bouddhisme, il prend une dimension spirituelle précise :
- L’enseignement du Bouddha : Les paroles et méthodes transmises pour libérer de la souffrance (Quatre Nobles Vérités, Noble Sentier Octuple).
- La réalité telle qu’elle est : Les lois impersonnelles de l’univers (impermanence, karma, interdépendance).
- Les phénomènes (dharmas au pluriel) : Tous les éléments constitutifs de l’expérience (corps, sensations, perceptions, etc.).
Les trois aspects du Dharma
- Dharma comme doctrine : Les sutras et textes qui guident la pratique.
- Dharma comme vérité ultime : Compréhension directe de la vacuité et du non-soi.
- Dharma comme pratique : Application quotidienne pour transformer l’esprit.
Un des Trois Joyaux
Dans la prise de refuge, le Dharma est le second Joyau (avec Buddha et Sangha) : c’est la voie vérifiable par l’expérience, non une croyance aveugle.
| Sens principal | Explication brève |
| Enseignement | Paroles du Bouddha pour l’éveil |
| Loi naturelle | Impermanence, karma, interdépendance |
| Phénomènes | Tout ce qui compose l’existence conditionnée |
| Protection | Moyen de se libérer de la souffrance |
Le Bouddha comparait le Dharma à une médecine : diagnostiquer la souffrance et prescrire le remède. Il invite à le tester soi-même.
Le terme « Dharma » possède des sens proches mais distincts entre l’hindouisme et le bouddhisme, reflétant leurs visions du monde.
Le Dharma est un concept indien ancien partagé, signifiant étymologiquement « ce qui soutient » ou « loi naturelle ».
Comparaison des sens principaux
| Aspect | Hindouisme | Bouddhisme |
| Sens principal | Ordre cosmique et devoir moral lié à la caste, à l’âge et au rôle social (Sanatana Dharma = loi éternelle) | Enseignements du Bouddha (sūtras) et lois impersonnelles de l’existence (impermanence, karma, non-soi) |
| Application | Conduite juste selon varna (castes) et ashrama (étapes de vie) ; rituels védiques pour maintenir l’harmonie universelle | Voie pratique pour l’éveil : Quatre Nobles Vérités, Noble Sentier Octuple ; accessible à tous sans hiérarchie |
| Objectif | Accomplir son svadharma (devoir personnel) pour atteindre moksha (union avec Brahman) | Comprendre la réalité ultime pour réaliser le nirvana (fin de la souffrance) |
| Cosmique vs pratique | Loi divine régissant l’univers et la société | Réalité vérifiable par l’expérience ; dharmas (pluriel) = phénomènes interdépendants |
Points clés de divergence
Dans l’hindouisme, le Dharma est normatif et social : un brahmane a un Dharma différent d’un shudra, justifiant les castes comme reflet du karma passé.
Dans le bouddhisme, le Bouddha critique cette vision : le Dharma est universel, libérateur, centré sur la transformation intérieure sans privilège de naissance. C’est un des Trois Joyaux (Buddha, Dharma, Sangha).
Ces différences illustrent la rupture bouddhique avec le brahmanisme : du devoir rituel/social à la sagesse expérientielle.
Le karma et le cycle des renaissances (samsara) forment le socle éthique et cosmologique du Theravāda, l’école bouddhiste la plus proche des enseignements originels du Bouddha.
Le karma : loi de cause et effet
Dans le Theravada, le karma (kamma en pali) désigne toute action intentionnelle (physique, verbale, mentale) qui produit des résultats (vipāka). Seule l’intention compte : un acte neutre ou bénéfique mûrit en bonheur futur, un acte néfaste en souffrance.
- Types de karma : Vertueux (kusala : générosité, éthique, méditation), non-vertueux (akusala : tuer, voler, mensonge), neutre (kiriya : sans effet karmique fort).
- Mécanisme : Les « semences » karmiques s’impriment dans le courant de conscience (viññāṇa), mûrissant dans cette vie ou les suivantes selon les conditions.
- Non fataliste : Contrairement aux idées reçues, le karma est modifiable par de nouvelles actions ; la pratique spirituelle purifie les traces passées.
Le samsara : cycle des renaissances
Le samsara est la roue infinie des naissances, morts et renaissances, mue par l’ignorance (avijjā) et le désir (taṇhā). Sans « âme » permanente (anattā), c’est un continuum de conscience qui migre selon le karma.
- Six mondes d’existence (gati) : Dieux (deva), demi-dieux (asura), humains, animaux, esprits affamés (peta), enfers (niraya). L’existence humaine est rare et précieuse pour pratiquer.
- Douze liens de l’origine dépendante (paṭiccasamuppāda) : Ignorance → formations → conscience → nom-forme → sens → contact → sensation → soif → prise → devenir → naissance → vieillesse-souffrance.
- Souffrance inhérente : Chaque realm est marqué par dukkha (impermanence, insatisfaction).
Tableau comparatif : karma et samsara
| Concept | Définition Theravāda | Rôle dans la libération |
| Karma | Action intentionnelle et ses fruits | Accumule semences positives/négatives |
| Samsara | Cycle des 6 realms sans début ni fin | À transcender par l’Éveil (nibbāna) |
| Libération | Arahantship : épuisement total du karma | Fin des renaissances, paix inconditionnée |
La voie de sortie : Noble Sentier Octuple
Le Bouddha enseigne dans le Canon pali (Samyutta Nikaya) que l’ignorance cause le samsara ; la sagesse (paññā) et l’éthique (sīla) le brisent. Pratiquer mène aux quatre stades : sotāpanna (entrant le courant), sakadāgāmi, anāgāmi, arahant.
Cet article peut être structuré en intro, sections détaillées, citations du Canon pali et conclusion sur la responsabilité personnelle.
Dans le Theravāda, les 10 actes karmiques (kamma-patha) sont classés en 10 non vertueux (akusala) à éviter et leurs 10 contraires vertueux (kusala) à cultiver, selon le Canon pali (Anguttara Nikaya). Ils se divisent en 3 corporels, 4 verbaux et 3 mentaux, avec l’intention comme clé du karma.
Les 10 actes non vertueux (à éviter)
Ces actions, motivées par les trois poisons (désir, haine, ignorance), créent de la souffrance future.
| Catégorie | Actes non vertueux |
| Corps (3) | 1. Tuer (vie sentientielle) 2. Voler (prendre le non-donné) 3. Inconduite sexuelle (adultère, force) |
| Parole (4) | 4. Mentir 5. Médire (diviser) 6. Paroles dures (injures) 7. Bavardage vain |
| Esprit (3) | 8. Convoitise 9. Malveillance (souhait de nuire) 10. Vues erronées (nier karma, non-soi) |
Les 10 actes vertueux (à pratiquer)
Opposés aux précédents, ils mûrissent en bonheur et progressent vers l’éveil.
| Catégorie | Actes vertueux |
| Corps (3) | 1. S’abstenir de tuer (protéger vie) 2. S’abstenir de voler (générosité) 3. S’abstenir d’inconduite (conduite pure) |
| Parole (4) | 4. S’abstenir de mentir (vérité) 5. S’abstenir de médire (harmonie) 6. S’abstenir de paroles dures (douceur) 7. S’abstenir de bavardage (parole utile) |
| Esprit (3) | 8. Non-convoitise (contentement) 9. Non-malveillance (bienveillance) 10. Vues justes (foi en karma, Trois Joyaux) |
Enseignement Theravāda clé
Ces actes forment la base éthique (sīla). Les cinq premiers préceptes laïcs en sont un résumé. L’intention purifie : tuer par accident n’est pas karma lourd ; tuer avec haine l’est. Pratiquer mène aux stades d’éveil (sotāpanna efface vues erronées).
En Theravāda, les trois actes vertueux du corps (kāya-kamma) consistent à s’abstenir de tuer, de voler et d’inconduite sexuelle, avec une intention pure. Voici des exemples concrets tirés de la vie quotidienne ou du Canon pali.
1. S’abstenir de tuer (pāṇātipātā veramaṇī) : protéger la vie
- Éviter d’écraser intentionnellement des insectes ou d’utiliser des pesticides agressifs ; préférer des méthodes douces pour cohabiter avec les animaux.
- Sauver un animal en danger, comme nourrir un chien errant ou libérer un oiseau capturé.
- Dans la tradition thaïlandaise (Theravāda dominant), offrir de la nourriture aux moines tôt le matin (tak bat) sans nuire à aucune forme de vie, y compris microscopique (filtrer l’eau).
2. S’abstenir de voler (adinnādānā veramaṇī) : générosité et respect de la propriété
- Rendre un objet trouvé (portefeuille, téléphone) à son propriétaire sans le garder.
- Donner de la nourriture, des vêtements ou de l’argent aux nécessiteux ou à la Sangha, comme lors des offrandes rituelles (dāna).
- Au travail, ne pas détourner de fournitures ou de temps ; au contraire, offrir son service bénévole (ex. : aider un voisin âgé à réparer sa maison).
3. S’abstenir d’inconduite sexuelle (kāmesumicchācāra veramaṇī) : conduite pure
- Respecter les engagements monogames, éviter l’adultère ou les relations manipulatrices.
- S’abstenir de relations avec des personnes vulnérables (mineures, engagées ailleurs) ou dans des contextes inappropriés (lieux sacrés).
- Pour les laïcs pratiquants, cultiver la chasteté relative en période de retraite (uposatha), favorisant la clarté mentale.
Fruits karmiques attendus
Ces actes mûrissent en longue vie, santé, entourage harmonieux et renaissance favorable. L’intention bienveillante amplifie le mérite : un acte modeste fait avec cœur vaut plus qu’un grand geste égoïste.
| Acte vertueux | Exemple quotidien | Effet karmique typique |
| Non-tuer | Nourrir un animal errant | Longévité, protection |
| Non-vol | Offrande aux moines | Richesse méritée |
| Conduite pure | Fidélité conjugale | Relations harmonieuses |
Appliquer ces actes purifie le karma et prépare à la méditation profonde.
Dans le Theravāda, les trois actes vertueux du corps consistent à s’abstenir de tuer, de voler et d’inconduite sexuelle, avec une intention pure de bienveillance. Voici des exemples concrets adaptés à la vie quotidienne, inspirés du Canon pali et de la pratique monastique/laïque :
1. S’abstenir de tuer (pāṇātipātā veramaṇī) : protéger toute vie
- Secourir un animal blessé sur la route (ex. : oiseau tombé du nid) plutôt que l’ignorer.
- Adopter une alimentation végétarienne ou limiter la viande issue d’élevages cruels, en libérant des poissons lors de fêtes comme au Sri Lanka.
- Éviter d’utiliser des insecticides chimiques ; préférer des pièges doux pour cohabiter avec les insectes dans son jardin.
2. S’abstenir de voler (adinnādānā veramaṇī) : pratiquer la générosité
- Offrir de la nourriture aux moines lors du tak bat matinal en Thaïlande, sans attendre de retour.
- Rendre un objet perdu (ex. : sac abandonné dans un café) à son propriétaire ou à un bureau trouvé.
- Donner ses vêtements usagés à une association caritative, au lieu de les jeter.
3. S’abstenir d’inconduite sexuelle (kāmesumicchācāra veramaṇī) : conduite pure
- Honorer un engagement monogame en refusant une avance, même tentante, pour préserver l’harmonie familiale.
- Éviter les relations avec des personnes vulnérables (ex. : ne pas profiter d’une collègue en position d’autorité).
- Lors d’un uposatha (jour de jeûne), pratiquer la continence temporaire pour cultiver la clarté mentale.
Ces actes, faits avec cœur, génèrent du mérite (puñña) menant à santé, prospérité et bonnes renaissances. L’intention compte plus que l’ampleur : aider un voisin âgé à porter ses courses vaut un grand don rituel.